Le frelon à pattes jaunes, ou frelon asiatique, est devenu la bête noire des apiculteurs, qui voient en lui une menace pour leurs ruches, et par ricochet, il l’est aussi pour de nombreux particuliers qui ont entendu ou lu le danger qu’il pouvait représenter pour les abeilles européennes.
C’est un fait, on considère en moyenne que deux tiers de l’alimentation du frelon à pattes jaunes (d'autres insectes utiles ont aussi un thorax noir et des pattes jaunes (.!.)) sont composés d’hyménoptères, dont une part d'abeilles mellifères et aussi de guêpes (Il a donc un bon effet régulateur lors des années à forte densité de guêpes). Or, on nous parle souvent de la menace pour la biodiversité que représente la disparition de nos abeilles.
Sans minimiser les dommages que les frelons asiatiques peuvent provoquer dans les ruches d’abeilles domestiques, on doit quand même tordre le cou à une idée très répandue qui affirme que ce sont les abeilles mellifères les plus grands pollinisateurs.
En fait, ce sont surtout les bourdons et d’autres insectes sauvages.
Les abeilles domestiques contribueraient seulement à
10-15% de la pollinisation.
Les insectes sauvages contribuent à 85-90% de la pollinisation.
Le frelon à pattes jaunes est lui aussi un bon pollinisateur.
L’apiculture conventionnelle en est en effet arrivée à inséminer les reines et empêcher toute reproduction naturelle pour garder les races les plus productives et les moins agressives. C’est sans doute mieux pour leur activité, mais ces abeilles deviennent incapables de réagir à de nouveaux agents pathogènes et de se défendre contre un agresseur.
En Asie, l’abeille locale, Apis Cerana, a co-évolué avec Vespa velutina nigrothorax ou frelon à pattes jaunes et développé une stratégie efficace de défense : la technique du « heat balling ». En se regroupant et en formant une boule autour du frelon, elles battent frénétiquement des ailes pour faire monter la température au-dessus de 45°C, température létale pour le frelon. L’abeille européenne, Apis mellifera, n’a pas encore développé de tels mécanismes de défense et reste une proie facile.
Les apiculteurs ont donc une première responsabilité dans le manque de résistance de l’abeille domestique.
L'insémination artificielle des reines et leur confinement pour empêcher toute reproduction naturelle ou essaimage, a rendu les abeilles domestiques incapables de réagir à de nouveaux agents pathogènes et de se défendre contre un agresseur. (*)
Pour une efficacité optimale, les désinsectiseurs traitent en général les nids de frelons à pattes jaunes avec des produits à base de perméthrine (ex: Permas-D), un insecticide neurotoxique dont l’usage a par exemple été interdit en France dès l’année 2000. De la famille des pyréthrinoïdes, ce produit présente en effet une toxicité aiguë pour les humains, les insectes et pour de nombreux animaux tels que les chats, les batraciens et les poissons. Et probablement, un impact à long terme sur les rivières et notre eau potable.
En pratique, c’est souvent à la fin de l’automne, lorsque les feuilles sont tombées et que les nids apparaissent à la cime des arbres, que les gens, croyant bien faire, « attaquent » les nids de frelons à l’insecticide, encouragés même parfois par des parcs naturels ou associations environnementales !
Ces interventions sont inutiles puisqu’à cette époque de l’année les jeunes reines fondatrices sont parties et que l’activité que l’on peut encore apercevoir n’est constituée que d’ouvrières en fin de vie.
Mais elles sont aussi particulièrement néfastes. Comme le nid pulvérisé reste généralement sur place (contrairement à ce que recommande la fiche-produit), l’insecticide se répand dans la nature via les pluies et fait pas mal de dégâts en cours de route et en fin de compte chez les abeilles.
Le plus grand danger : l’usage des pesticides
pour détruire les nids de frelons asiatiques.
On assiste donc à une situation pour le moins étonnante : les apiculteurs qui se plaignent de la disparition des abeilles domestiques à cause de l’usage intensif de pesticides dans l’agriculture, en sont venus à recourir aux mêmes méthodes contre le frelon à pattes jaunes. Ne sont-ils pas en train de se tirer une balle dans le pied ?
Le véritable danger pour les abeilles n’est pas le frelon mais bien les pesticides. Ils menacent les abeilles elles-mêmes, l’environnement de manière générale, notre santé et celles des générations futures.
Il semble, en plus, que ces insectes commencent à développer une résistance aux traitements chimiques, ce qui impliquerait l’usage de doses plus importantes ou de substances plus toxiques. (témoignages de désinsectiseurs qui disent faire face à un nombre croissant d’attaques de frelons recouverts de perméthrine).
Des années de lutte chimique, n'ont pas empêché le frelon à pattes jaunes de progresser.
Tout comme le piégeage printanier, qui n'a pratiquement aucun effet et détruit de très nombreux autres insectes pollinisateurs, dont le frelon européen qui est un prédateur naturel du frelon à pattes jaunes.
En Belgique, depuis 2023, le service public de Wallonie invite dès lors à apprendre à cohabiter avec cette nouvelle espèce et ne plus détruire systématiquement leurs nids.
Enfin, pour enfoncer le clou notons que si le frelon à pattes jaunes est pointé du doigt comme danger pour la biodiversité, plusieurs études récentes ont démontré que l’abeille des ruches fait fortement concurrence aux abeilles sauvages et que, dans certains cas, sa présence est considérée comme invasive.
En Belgique, depuis 2023, le SPW tient ce discours :
"(..) il faut maintenant apprendre à cohabiter avec cette espèce exotique.
Vu le grand nombre de nids présents dans l'environnement, il ne faut plus envisager une destruction systématique de ceux-ci (...).
A éviter : Le piégeage printanier des fondatrices ! (...) ce piégeage n'a pratiquement aucun effet sur le nombre de colonies qui vont être effectivement fondées. De plus, il est interdit par la loi de la conservation de la nature, [Annexe V.][Décret 06.12.2001], car à l'origine de la destruction de très nombreux autres insectes utiles.
http://biodiversite.wallonie.be/fr/le-frelon-asiatique.html?IDC=5999 (voir onglet 'Destruction').
"les abeilles meurent aussi parce que les grandes populations panmictiques d’abeilles domestiques n’existent plus et parce que les allèles nécessaires à la résistance aux nouvelles maladies, tel que le varroa et ses virus associés, ont largement disparu à la suite de la sélection opérée par les apiculteurs.."
(Une population est panmictique lorsque chacun des individus qui la composent a des chances égales de se reproduire avec n'importe quel autre individu de sexe opposé).
https://files.cargocollective.com/c573649/PREVENTION_FRELON_GUEPES_ABEILLES_LASSERRE.pdf
https://www.pollinis.org/publications/abeilles-sauvages-les-vraies-championnes-de-la-pollinisation/
https://louernos-nature.fr/abeille-domestique-pollinisateurs-sauvages/
http://vespidae.be/GUEPES/Guepes_page6.htm
http://www.vespa-crabro.de/frelons.htm
https://reporterre.net/Frelons-asiatiques-un-essaim-de-prejuges
https://frelonasiatique.mnhn.fr/biologie/
http://environnement.wallonie.be/legis/consnat/cons001.htm
[Annexe V.][Décret 06.12.2001]
[La présente annexe reprend les moyens de capture et de mise à mort interdits figurant à l'annexe VI de la directive 92/43/C.E.E. :
1. moyens de capture et de mise à mort non sélectifs;
— Pièges non sélectifs dans leur principe ou leurs conditions d’emploi.
— Poisons et appâts empoisonnés ou anesthésiques.
— Gazage ou enfumage.
https://www.lerouergue.com/catalogue/terre-silencieuse